40 % des logements F et G se vendent aujourd’hui avec une décote supérieure à 15 % : c’est précisément là que se cache l’opportunité
La quasi-totalité des conseils immobiliers de 2026 vous diront d’éviter les passoires thermiques comme la peste. Interdiction de louer les G depuis janvier 2025, les F dans le viseur pour 2028, audit énergétique obligatoire, travaux imposés… Le consensus est total. Et c’est exactement pourquoi il vaut la peine d’examiner la question à l’envers.
Investir dans une passoire thermique en 2026 n’est pas systématiquement une erreur. C’est une stratégie risquée, exigeante, réservée aux profils avertis, mais potentiellement très rentable pour ceux qui maîtrisent les variables. Décryptage.
La décote : le vrai avantage que personne ne quantifie correctement

Un logement classé F ou G se négocie aujourd’hui avec une décote moyenne de 10 à 25 % par rapport à un bien équivalent classé D ou C, selon les données des Notaires de France. Dans les marchés tendus, Paris, Lyon, Bordeaux, cette décote représente des sommes considérables. Sur un appartement valant 300 000 € en étiquette C, un bien identique classé G peut s’acquérir à 230 000-255 000 €.
C’est 45 000 à 70 000 € d’écart. Or, une rénovation énergétique permettant de passer de G à D coûte en moyenne 15 000 à 35 000 € selon la superficie et les travaux réalisés — isolation des combles, remplacement du système de chauffage, parfois isolation des murs. La marge brute sur l’opération peut donc être significative, à condition que le calcul soit fait correctement, avec les aides déduites.
Les aides financières changent radicalement l’équation
Ce que beaucoup d’acquéreurs ignorent : MaPrimeRénov’ peut couvrir jusqu’à 70 % du coût des travaux pour les ménages aux revenus modestes, et entre 35 et 50 % pour les profils intermédiaires. Les Certificats d’Économies d’Énergie (CEE) s’y ajoutent. L’éco-PTZ finance jusqu’à 50 000 € à taux zéro. La TVA réduite à 5,5 % s’applique à l’ensemble des travaux d’amélioration énergétique réalisés par un artisan RGE.
Prenons un exemple concret. Un appartement classé G acheté 200 000 € avec 30 000 € de travaux de rénovation énergétique :
- MaPrimeRénov’ (profil intermédiaire, 40 %) : − 12 000 €
- CEE estimés : − 3 000 €
- Coût réel des travaux après aides : 15 000 €
- Revente estimée après passage en étiquette C : 255 000 €
- Plus-value brute sur l’opération : ~40 000 €
Ce calcul fonctionne. Mais il exige une condition absolue : maîtriser le coût des travaux avant la signature du compromis, pas après.
Les trois erreurs qui transforment une opportunité en piège
Sous-estimer le coût réel des travaux
La première cause d’échec est de réaliser l’audit énergétique après l’achat. L’audit doit être fait avant, idéalement avant même de signer le compromis. Pour les biens F et G, l’audit est d’ailleurs obligatoire lors de la mise en vente depuis 2023, exigez-le du vendeur et lisez-le attentivement. Certains biens classés G nécessitent des travaux structurels lourds (isolation par l’extérieur, reprise de toiture, changement de réseau électrique) qui peuvent dépasser 60 000 €. Dans ce cas, la décote ne compense plus.
Acheter un bien non louable sans stratégie de sortie
Un logement G est interdit à la location depuis janvier 2025. Un logement F le sera dès 2028. Si vous achetez pour louer et que vous ne pouvez pas financer les travaux immédiatement, vous vous retrouvez propriétaire d’un bien qui génère zéro revenu locatif pendant la période des travaux. Comptez 6 à 18 mois entre l’acquisition, le démarrage et la fin du chantier selon les artisans disponibles dans votre secteur. Ce vide locatif doit être intégré dans le plan de financement.
Ignorer le régime fiscal de la revente
Si vous achetez, rénovez et revendez rapidement, l’administration fiscale peut requalifier l’opération en activité de marchand de biens, avec toutes les conséquences fiscales que cela implique (imposition des bénéfices en BIC, cotisations sociales). La stratégie passoire thermique fonctionne mieux dans une logique patrimoniale longue : achat, rénovation, location LMNP au réel avec amortissement du bien et des travaux, puis éventuelle revente à long terme bénéficiant des abattements pour durée de détention.
Quel profil d’investisseur pour cette stratégie ?
La stratégie passoire thermique n’est pas pour tout le monde. Elle est adaptée aux investisseurs qui disposent d’une trésorerie suffisante pour absorber la période sans revenus locatifs, qui ont déjà géré des travaux de rénovation ou qui s’entourent de bons artisans RGE, et qui visent une détention longue (8 ans minimum) pour optimiser la fiscalité.
Elle est en revanche inadaptée aux primo-investisseurs sans expérience des travaux, à ceux qui comptent sur le loyer pour rembourser le crédit dès le premier mois, et à ceux qui ne peuvent pas mobiliser un apport suffisant pour couvrir à la fois les frais de notaire et le reste à charge des travaux après aides.

2026 : une fenêtre qui se referme progressivement
La décote sur les passoires thermiques est à son maximum aujourd’hui, parce que la pression réglementaire est à son pic médiatique. Les vendeurs paniquent, les acheteurs fuient. Dans 3 à 5 ans, une fois que le marché aura digéré les interdictions de location et que les biens rénovés auront été revendus, cette décote se réduira mécaniquement. Les investisseurs qui agissent en 2026 avec une stratégie claire et un financement solide achètent au moment où le rapport de force leur est le plus favorable.
La passoire thermique en 2026, c’est ni une bonne ni une mauvaise idée par essence. C’est une variable dépendante d’un seul facteur : la qualité de votre préparation avant l’achat.